Vous louez un logement meublĂ©, mais votre nouveau locataire souhaite apporter ses propres meublesâŻ? Si la prĂ©sence du mobilier Ă lâarrivĂ©e dans les lieux est souvent un critĂšre recherchĂ© par les locataires, il peut arriver que ces derniers souhaitent tout de mĂȘme amener quelques meubles avec eux, ou effectuer des modifications par rapport au mobilier dĂ©jĂ prĂ©sent. Afin de savoir gĂ©rer cette situation de la meilleure maniĂšre, nous vous proposons cet article consacrĂ© au refus des meubles en location meublĂ©e.
Pour quâun bien soit considĂ©rĂ© comme un logement meublĂ©, il sera nĂ©cessaire de veiller Ă respecter les obligations lĂ©gales en la matiĂšre, et particuliĂšrement celles liĂ©es aux Ă©quipements qui doivent ĂȘtre prĂ©sents dans le logement.
La mention des meubles en location meublĂ©e se retrouve dans les dispositions de lâarticle 8 loi n°2014-366 du 24 mars 2014 dite «âŻloi ALURâŻÂ», portant modification de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. Cette loi qui indique quâun bien meublĂ© «âŻest un logement dĂ©cent Ă©quipĂ© dâun mobilier en nombre et en qualitĂ© suffisants pour permettre au locataire dây dormir, manger et vivre convenablement au regard des exigences de la vie couranteâŻÂ».
Cette mention a ensuite été précisée par le décret du 31 juillet 2015, qui fixe la liste des 11 équipements nécessaires pour obtenir la qualification de location meublée.
Au-delĂ des 11 Ă©quipements obligatoires en location meublĂ©e, rien ne vous empĂȘche dâintĂ©grer des Ă©lĂ©ments supplĂ©mentaires, quâil sâagisse de meubles, dâappareils Ă©lectromĂ©nagers, ou tout simplement dâagencer le bien de la maniĂšre la plus confortable qui soit. Ajouter un canapĂ© ou des luminaires peut, par exemple, constituer un ajout dâĂ©lĂ©ments de confort et de dĂ©coration trĂšs apprĂ©ciĂ©, et qui ne manquera pas dâaugmenter les chances de louer le bien, ou les retours positifs sur ce dernier en cas de dâactivitĂ© de location de courte durĂ©e.
Ă noterâŻ:
Attention, si ajouter des Ă©quipements supplĂ©mentaires est trĂšs souvent une excellente initiative, cela ne dispense pas de respecter la liste des Ă©quipements obligatoires, et il nâest pas possible de compenser lâabsence dâun Ă©quipement obligatoire par la prĂ©sence dâun ou plusieurs autres Ă©quipements, quels quâils soient.
Si lâaccord du propriĂ©taire est nĂ©cessaire, ce sont en rĂ©alitĂ© les garanties posĂ©es par le droit immobilier qui protĂšgent efficacement ce dernier contre une telle initiative du locataire, si elle nâest pas rĂ©alisĂ©e avec son consentement.
En principe, le consentement du propriĂ©taire-bailleur est nĂ©cessaire pour effectuer des changements sur les Ă©lĂ©ments dĂ©jĂ prĂ©sents dans la location meublĂ©e. Toutefois, dans les faits, il pourra ĂȘtre difficile pour le propriĂ©taire de se rendre effectivement compte de lâĂ©ventuel dĂ©placement ou stockage des meubles sans son consentement.
En la matiĂšre, et bien que la communication et la bonne intelligence restent Ă privilĂ©gier, il pourra donc ĂȘtre difficile dâempĂȘcher un locataire de remplacer certains meubles. Mais certaines rĂšgles sont lĂ pour protĂ©ger le propriĂ©taire en cas de dommage.
Parmi les rĂšgles visant Ă protĂ©ger les propriĂ©taires, ces derniers ne doivent pas oublier quâil leur est possible, lors de la sortie du locataire, dâeffectuer une retenue sur le dĂ©pĂŽt de garantie si des dommages ont Ă©tĂ© faits aux meubles, par exemple lors de leur transport ou de leur stockage. Et le locataire ne pourra pas se prĂ©valoir auprĂšs du propriĂ©taire que les dommages ne sont pas de son fait, mais quâils ont Ă©tĂ© causĂ©s par un tiers alors quâils nâĂ©taient plus sous sa garde.
Autrement dit, si vous ne pouvez pas toujours effectivement empĂȘcher un locataire de changer le mobilier, ce dernier devra toutefois, lors de sa sortie, vous restituer lâappartement dans le mĂȘme Ă©tat, et avec les mĂȘmes Ă©quipements, que lors de son entrĂ©e dans les lieux. Sâil ne parvient pas Ă le faire, tout Ă©lĂ©ment manquant ou endommagĂ© peut faire lâobjet dâune retenue sur le dĂ©pĂŽt de garantie.
Ă noter :
En tant que propriĂ©taire, vous devrez toutefois prendre Ă votre charge le remplacement des appareils dĂ©fectueux dont la prĂ©sence est mentionnĂ©e dans lâĂ©tat des lieux si ces derniers tombent en panne, et cela mĂȘme sâil sâagit dâĂ©quipements facultatifs. Bien entendu, cette obligation ne vaut que si lâĂ©quipement en question nâa pas Ă©tĂ© directement abĂźmĂ© par la faute du locataire.
Il peut arriver que, dĂšs lâentrĂ©e dans les lieux, le locataire refuse tout ou partie des meubles prĂ©sents. Si cette situation peut bien souvent se rĂ©gler Ă lâamiable, certaines bonnes pratiques doivent ĂȘtre gardĂ©es Ă lâesprit pour Ă©viter un litige plus important par la suiteâŻ: celui de la requalification du bail.
La requalification du bail meublé en location vide peut avoir lieu si les équipements et le mobilier présents dans le logement sont insuffisants par rapport aux dispositions légales, et notamment celles prévues par le décret du 31 juillet 2015. Or, cela pourrait donc advenir si le locataire retire des meubles ou éléments qui sont compris dans la liste des équipements obligatoires, et souligne ensuite leur absence.
La requalification ne pourra toutefois ĂȘtre prononcĂ©e que par un juge, mais cela ne constitue que le dernier recours. Un tel type de contentieux peut en effet ĂȘtre rĂ©glĂ© par un Ă©change Ă lâamiable entre propriĂ©taire et locataire, en passant, au besoin, par une commission de conciliation.
Si toutefois un passage devant un juge devait advenir, et que la requalification Ă©tait prononcĂ©e, le bail ne serait pas nĂ©cessairement rompu, car le locataire pourrait Ă©galement demander Ă rester dans le logement, et Ă ĂȘtre immĂ©diatement placĂ© sous le rĂ©gime protecteur de la loi de 1989 (loi n°89-462 du 6 juillet 1989).
Le contrat de bail serait alors considĂ©rĂ© comme un bail de location vide. Ce qui aurait pour consĂ©quence de voir la durĂ©e minimale du bail portĂ©e Ă 3 ans, Ă savoir la durĂ©e minimale dâun bail de location vide.
Des rĂ©percussions sur le prix du loyer seraient Ă©galement Ă attendre, puisque le loyer dâun logement vide est bien souvent infĂ©rieur Ă celui dâun logement meublĂ©. Dâautant que la diminution pourrait ĂȘtre rĂ©troactive en fonction du dĂ©lai Ă©coulĂ© entre lâapparition du litige et sa rĂ©solution, ce qui voudrait dire que le propriĂ©taire devrait rembourser une certaine somme au locataire.
Enfin, du point de vue fiscal, cela voudrait dire que le chiffre dâaffaires de lâactivitĂ© serait imposĂ© au titre des revenus fonciers, et non de celui des bĂ©nĂ©fices industriels et commerciaux.
Pour Ă©viter une telle situation, il est capital de respecter le plus grand formalisme au moment dâĂ©tablir le contrat de location meublĂ©e, mais surtout de bien penser Ă annexer au contrat un Ă©tat des lieux et un inventaire du mobilier.
Il sâagit Ă la fois dâune obligation et dâune bonne maniĂšre de se protĂ©ger contre toute dĂ©gradation ou disparition des Ă©quipements du logement, qui pourrait venir remettre en cause sa qualification de meublĂ©âŻ!
Ă noterâŻ: Pour un bail de location en rĂ©sidence principale ou pour un bail mobilitĂ©, lâĂ©tat des lieux doit se conformer au modĂšle Ă©tabli par le dĂ©cret du 30 mars 2016, dans les autres cas, sa forme est libre.
Plus lâinventaire sera prĂ©cis, et plus il sera difficile pour le locataire de le remettre en cause. Dâautant que la qualification de meublĂ© sâapprĂ©cie au moment de son entrĂ©e dans les lieux, ce qui signifie, comme lâa prĂ©cisĂ© la Cour de cassation dans un arrĂȘt du 15 juin 2011 (Cass. Civile 3e, 15 juin 2011, n°10.17-070), que tout dĂ©placement de meuble survenu postĂ©rieurement Ă lâentrĂ©e dans les lieux et sans lâaccord du bailleur ne peut remettre en cause cette qualification.
Une bonne maniĂšre de se garantir pour les bailleurs est Ă©galement de ne pas procĂ©der eux-mĂȘmes au retrait des meubles, et, en aucun cas, de rĂ©aliser ce dernier avant dâĂ©tablir lâĂ©tat des lieux et lâinventaire des objets prĂ©sents dans le logement.
Ă moins, bien sĂ»r, quâil ne sâagisse pas dâun Ă©lĂ©ment obligatoire. Dans ce cas, vous ĂȘtes libre de prendre la dĂ©cision qui vous convient le mieux, sans crainte des Ă©ventuelles rĂ©percussions.
Ă ce titre, sachez que si vous convenez avec le locataire dâenlever certains meubles et que vous acceptez de les stocker Ă votre charge, le coĂ»t engendrĂ© par cette opĂ©ration pourra ĂȘtre dĂ©duit comme charge dĂ©ductible si vous relevez du rĂ©gime rĂ©el dâimposition.
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Si, malgrĂ© tout, un litige devait survenir, sur la qualification du bail de location meublĂ©e ou sur lâĂ©tat dans lequel les meubles sont restituĂ©s Ă lâissue du bail, le premier rĂ©flexe doit ĂȘtre de tenter un rĂšglement Ă lâamiable. Si les premiers Ă©changes ne donnent aucun rĂ©sultat, ou en cas dâabsence de rĂ©ponse, il sera possible dâadresser une mise en demeure, par le biais dâun courrier recommandĂ© avec accusĂ© de rĂ©ception. Il est Ă©galement possible de contacter un avocat en droit immobilier pour se faire conseiller.
Si le blocage persiste, propriĂ©taire-bailleur et locataire pourront, pour faciliter les Ă©changes, passer par une commission de conciliation. Ce nâest quâaprĂšs cette ultime Ă©tape que le recours Ă un juge sâimposera si le litige persiste.
Comme pour de nombreux points de la relation entre propriĂ©taire-bailleur et locataire, la bonne communication est bien souvent la clĂ© dans une situation de refus des meubles. Et pour sâen assurer, il est nĂ©cessaire, pour les bailleurs LMNP ou LMP, de bien connaĂźtre les enjeux dâune telle situation, afin dâĂ©viter les erreurs, ou tout simplement dâĂȘtre capables dâexpliquer la situation, et leur Ă©ventuel refus, Ă leurs futurs locataires.
Article rédigé par Baptiste BOCHART